Le chat est-il vraiment indépendant ?


On entend souvent dire « Le chat c’est indépendant, il n’a pas besoin de son maître ni de personne » ou encore « Le chat est égoïste contrairement au chien, il ne vient que par opportunisme ». Mais dans les faits, le chat a-t-il si peu besoin de nous, humains ?

En tant que maîtresse de chats et catsitter, je réponds non bien sûr. Tout dépend des expériences et du mode de vie que vous proposez à votre petit félin. Explications.

Les expériences positives contribuent à établir une vraie connexion entre le chat et son maître

Tout d’abord, faut-il rappeler que le chat est un animal doué de sensibilité et qu’à ce titre il montre et ressent des émotions comme l’ensemble des mammifères : la joie, le bonheur, l’envie de faire plaisir, la peur, l’anxiété, le besoin de contact social…

Avez-vous déjà observé votre chat reconnaître le bruit du moteur de votre voiture le soir après le travail quand vous arrivez chez vous, et se précipiter pour vous accueillir ? Avez-vous déjà constaté après plusieurs jours d’absence, votre compagnon miaule fort, discute et se frotte à vos jambes quand il vous retrouve ?

Un grand nombre de maîtres sont également témoins de leur compagnon, prenant un malin plaisir à venir se poser sur la feuille sur laquelle ils sont en train d’écrire, ou sur l’ordinateur quand ils travaillent…

Vous pouvez penser qu’il attend simplement sa pâtée. Mais est-ce bien la raison ?

Pour le comprendre, il est nécessaire de savoir dans quel environnement vit le chat et quelles sont ses expériences passées dans son rapport à l’humain.

Le chat est capable d’une incroyable autonomie psychique, qui est souvent associée à de l’égoïsme, à tort, qui lui permet de librement décider quel comportement adopter et ce dont il a envie et quand. C’est pourquoi votre chat peut s’occuper longuement tout seul, à observer quelque chose pendant des heures, et ne pas répondre à vos appels s’il est occupé. Vous le constatez aussi quand il dort, il préfère en général rester à ses rêveries. En revanche, s’il a décidé qu’il voulait un câlin, il peut être très convaincant pour nous amener à nous consacrer à lui.

Mon chat par exemple est un spécialiste. Il passe le plus clair de son temps à chasser dans le jardin, à observer et arpenter son territoire pour mieux le défendre et le protéger (sait-on jamais si un autre chat venait à se promener chez lui ! Gare !), à prendre le bon air extérieur ou à dormir. Si toutefois il a envie d’un gros câlin et que sa maman d’adoption est concentrée sur son ordinateur, il a le don de venir plaquer son corps contre mon visage de sorte que je ne puisse ni voir et à peine respirer. Si par malheur, je le repousse un peu car très occupée, Monsieur recommence sa manœuvre jusqu’à ce que je m’intéresse à lui. Et ça marche. Sans doute une manière à lui de m’imposer une pause dans mon travail ? Allez savoir… ,-)

Là vous vous dites, son chat est clairement opportuniste. Il vit sa vie et insiste auprès de sa maîtresse que lorsqu’il a envie.

C’est faux…

Car mon chat est aussi ce que l’on appelle couramment un « chat-chien ». Quand il est dans le jardin de mon voisin et que je l’appelle, il vient immédiatement. Quand j’étais enceinte et que bébé tiraillait dans mon ventre si bien que j’étais obligée de m’asseoir ou m’allonger, mon chat venait immédiatement se blottir contre moi pour m’apaiser et rassurer bébé avec ses ronronnements doux et réguliers. Si je suis à l’origine de la demande de câlins ou d’affection de la part de mon chat, il est heureux de venir se poster sur mes épaules pour frotter son nez contre le mien ou contre mon oreille. Il peut rester là quelques minutes pour me dire à sa manière qu’il m’aime et qu’il est bien.

Ces constats, je les vois aussi avec mon autre chatte et je les ai vu à de nombreuses reprises avec des chats en refuges ou avec les chats qui ont grandi à mes côtés lorsque j’étais enfant.

Si j’ai pris mon chat en exemple, c’est pour vous dire que le rapport qu’aura votre petit félin avec vous, son degré de « dépendance » et son enclin à vous faire plaisir et ne pas être simplement opportuniste, dépendent des expériences que vous lui aurez proposées depuis qu’il vit avec vous. Et ces dernières doivent être positives.

Un chat stimulé mentalement et physiquement, à qui vous accordez beaucoup d’amour, de temps et d’attention, un chat qui fait partie intégrante de votre famille et qui a une réelle place parmi vous, à qui vous parlez, est un chat qui aura besoin de vous et qui ne sera pas uniquement concentré sur la réponse à ses besoins primaires.

Bien sûr, les expériences positives ne suffisent pas. Ce serait trop simple !

L’environnement dans lequel vit le chat, son mode de vie, son caractère et son passé sont à prendre en compte.

Le chat adopté à l’âge de 5 ans, qui vit en maison avec accès extérieur, et qui a erré dans les rues les premières années de sa vie à chercher de la nourriture, aura très certainement une appétence particulière à la débrouille sans pour autant compter sur vous pour l’alimentation.

Mais encore une fois, chaque individu est unique et le rapport à l’humain diffère selon ses expériences (positives et négatives) et son mode de vie. C’est pourquoi il est impossible de généraliser des comportements de chat.

Finalement, pourquoi dit-on que le chat est solitaire et indépendant ?

« Le chat c’est pas comme le chien, c’est égoïste, indépendant et il n’a pas besoin de son maître, il est moins reconnaissant contrairement au chien qui ferait tout pour son humain ». Cette phrase sonne comme un refrain depuis des générations. Nos grands-parents s’exprimaient ainsi et je constate qu’un grand nombre de méconnaisseurs de chats le font également. Parfois même des propriétaires de chats (cha fait peur !).

Commençons par rappeler pourquoi le chat domestique est qualifié d’espèce solitaire. Selon la définition scientifique, cela signifie qu’il chasse seul, que les individus ne vivent pas en groupe structuré et qu’il n’y a pas de coopération pour l’élevage des chatons.

Cela le différencie en effet du chien qui a ce besoin ancestral de vivre en meute et tolère donc de manière très naturelle ses congénères.

Dans les faits, le chat peut très bien accepter de vivre en groupe. On le voit de manière évidente en refuge où les chats vivent en collectivité et où ils savent vivre ensemble et communiquer. Selon les affinités, on observe ainsi fréquemment des marques d’affection comme des frottements nez à nez, des toilettages mutuels, des partages de lits…

On peut également voir s’installer une entraide entre femelles pour l’élevage des chatons si le groupe vit en captivité (au sein d’un élevage par exemple).

Comme chez les grands félins, le mâle est plutôt solitaire alors que les femelles savent rester ensemble et s’occuper des petits pour les soins, l’éducation, la protection.

La tolérance entre les individus augmente considérablement si la quantité de ressources alimentaires est suffisante pour tout le monde. On le constate dans des colonies de chats errants, ceux nés dans la rue ou ceux retournés à l’état sauvage, qui, s’ils sont suffisamment nourris, vivent très bien en groupe.

Ainsi, plus les ressources alimentaires sont abondantes, plus le chat sera enclin à vivre en groupe d’individus. Plus les denrées se feront rares, plus le chat devra chasser pour sa survie et sera solitaire.

La domestication a donc clairement favorisé l’aptitude du chat à vivre en groupe et à tolérer ses congénères.

Le chat, un animal social qui sait apprécier la vie de « famille »

Au final, le chat n’a pas l’air si indépendant que cela, vous ne trouvez pas ? Animal domestiqué par l’homme, il a appris à vivre avec lui et à adopter son mode de vie. Ainsi le chat d’appartement par exemple aura une dépendance totale à son maître pour répondre à l’ensemble de ses besoins vitaux comme l’alimentation car il ne peut pas chasser, ou encore l’observation qui ne pourra être possible que si le maître investi dans des arbres à chats, une architecture d’intérieur adaptée et qu’il laisse son compagnon accéder à plusieurs pièces et éléments en hauteur.

De moins en moins enclin à traquer des proies, il a accepté de vivre en groupe de plusieurs chats et tolère donc très bien ses congénères. C’est pourquoi un grand nombre de maîtres sont multi possesseurs de chats et peuvent témoigner de la fabuleuse vie en communauté de leurs félins et de leur parfaite harmonie.

Par expérience, j’ai souvent constaté qu’un chat était plus heureux avec des congénères qui partagent sa vie (des chats mais aussi d’autres animaux). Ensemble ils communiquent et interagissent, ils s’éduquent aussi. Un jeune chat qui arrive dans un foyer qui possède un vieux chat va nécessairement se faire « recadrer » par le chat senior qui va lui apprendre à jouer posément et à prendre en maturité. Le vieux chat quant à lui sera stimulé par l’arrivée de ce jeunot, qui apportera un nouveau souffle et peut-être une seconde jeunesse au papi chat.

En donnant beaucoup d’amour, d’attention et en proposant un apprentissage au chat, l’humain contribue largement à son épanouissement personnel et mental. Un chat stimulé et éveillé par son maître sera naturellement enclin à lui faire plaisir et à lui rendre au centuple tout l’amour accordé.

Pas si solitaire que cela donc…cela dépend principalement de nous.